5-SES FIANÇAILLES

(Les informations de cette section ont été colligées à partir du contrat de mariage du couple. Après avoir identifié les différents témoins cités, j'ai fait des recherches sur chacun à partir de différents dictionnaires généalogiques ou biographiques (Tanguay, Godbout, Jetté, Langlois) et de sites internet qui leur ont été consacrés, la plupart gouvernementaux)

"Ordre du Bon Temps", oeuvre de Francis Back

Toutes les réunions entourant la célébration du mariage en Nouvelle-France étaient occasions de fêtes, incluant celle relative à la signature du contrat de mariage. Lors de leur mariage en février 1692, Annet Boutin dit Dubord avait entre 30 et 33 ans. Angélique Greslon avait de son côté 15 ans. Un garçon pouvait se marier à partir de 14 ans, une fille à partir de 12 ans. Les unions étaient la plupart du temps décidées par les parents et avaient principalement pour but d'unir des familles et des héritages plutôt que des individus. La majorité des mariages se faisaient entre gens de même niveau social et le plus souvent entre gens venant des mêmes régions. Ce qui n'est cependant pas le cas ici. La plupart des participants à la fête de la signature de contrat de mariage sont liés à la famille Greslon principalement par leur origine, le Poitou. Quoique certains semblent de niveau social modeste, la plupart des individus présents sont des gens déjà bien en vue faisant des affaires prospères en Nouvelle-France. Ce sera encore plus le cas pour la célébration du mariage que nous aborderons dans une autre section.

Le contrat de Mariage

La signature du contrat de mariage sous le régime français réunissait presque autant de parents et d’amis que la cérémonie religieuse elle-même. Les invitations pour la signature du contrat se faisaient plusieurs semaines à l’avance et on se préparait en conséquence. Les invités n’hésitaient pas à parcourir de longues distances pour assister à cette fête, car c’était véritablement une fête. Cette importante réunion s'est tenue à la Résidence des époux Pierre Millet et Marie-Madeleine Pelletier (ou Peltier).

LE NOTAIRE

C'est le notaire Gilles Rageot qui a rédigé le contrat de mariage des deux futurs époux. Maître Rageot fut le premier notaire nommé par Louis XIV dans sa colonie du Canada. Il était en même temps greffier de la prévôté de Québec. Tout à coup, le 10 mars 1685, on lui donna comme successeur François Genaple. On prétendait que les infirmités dont il souffrait l'empêchaient de remplir correctement les devoirs de sa charge. J'ai découvert qu'il était sujet à de fréquentes crises d'épilepsie. J'ai également découvert que la "petite histoire" de la Nouvelle-France semble démontrer que l'ambitieux notaire Genaple avait fomenté plusieurs petites intrigues visant à accaparer le prestigieux poste du notaire Rageot. Allant jusqu'à convaincre l'intendant De Meulles un peu avant 1685 de remplacer le nom de Rageot par le sien sur un document laissé en blanc par la cour. Rageot en appela au Roy et fut réintégré dans ses fonctions jusqu'à son décès en 1692.

Il me fut d'ailleurs assez facile de trouver ce contrat dans les Archives Nationales. Me Gilles Rageot a en effet rédigé 4449 actes notariés au cours de sa carrière de notaire et le contrat de mariage Boutin/Greslon porte le numéro 4442. Le contrat fut rédigé le 25 novembre 1691, le notaire est décédé le 3 janvier 1692 et le couple s'est marié le 18 février suivant. A également facilité ma traduction de ce contrat le fait qu'il fut collationné par le notaire Pierre Rivet le 15 décembre 1711, sur demande d'Angélique alors veuve d'Annet Boutin. La comparaison des deux écritures a grandement aidé à la compréhension du texte. Vous pouvez voir la teneur du contrat de mariage ainsi que sa traduction en cliquant sur la copie ci-jointe.

Le corps du contrat lui-même correspond en grande partie au droit coutumier de Paris en vigueur à l'époque. Nous l'étudierons avec plus d'attention plus bas.

Le premier paragraphe du contrat comporte cependant plusieurs omissions et erreurs. Je ne sais pas si on peut attribuer ces égarements aux "infirmités" citées plus haut ou au fait que la fête était déjà bien entamée, mais ces erreurs et omissions sont même soit pointées, soit carrément omises de la collation du contrat rédigée en 1711, collation qui doit normalement correspondre au texte initial.

La première omission est de taille. Au tout début du contrat, on identifie les futurs conjoints le plus précisément possible : nom, profession, lieu de résidence des conjoints et de leurs parents. Puis on liste leurs parents et amis présents. Or on n'y fait aucune mention du nom de la mère d'Annet Boutin. Comme le sont d'ailleurs très clairement indiqués les noms des époux décédés des précédents mariages de Jeanne Vignaud. Non seulement son nom n'est pas mentionné, mais on retrouve à sa place un grand espace blanc, très visible sur le contrat, comme si le notaire avait attendu l'information qui n'est jamais venue. Tous les contrats notariés que j'ai consultés étaient rédigés d'une écriture très serrée, sans espaces perdus, avec même des additions d'informations dans les marges. Cet espace blanc a même été remplacé dans la collation du notaire Pierre Rivet par un trait prolongé. Signifiant par là que l'absence de texte ne venait pas de son omission à lui, mais d'une absence sur le texte original. ("fils de Louis Boutin et de deffuncte ------------------------------")

Toujours suivant le principe que chaque espace de papier est important sur un contrat, il est inhabituel de trouver une si grande absence de texte entre le premier et le deuxième paragraphe. Comme si la liste de parents et amis présents attendait d'être complétée. Comme si des noms devaient être rajoutés. Il n'y a cependant pas plus de signatures à la fin que les noms de ceux listés dans le contrat. On ne retrouve cependant pas cet espace blanc dans la copie collationnée. Il est toujours possible que, étant donné que ces contrats étaient laborieusement rédigés à la main, une partie du contrat ait été écrite à l'avance au bureau du notaire. Mais un notaire d'expérience comme Gilles Rageot aurait sûrement alors été en mesure d'adapter son écriture pour que le texte forme un tout unifié. Et la liste des personnes présentes était sûrement rédigée à l'avance.

Au niveau des erreurs, après avoir décrit les fiancés et leurs proches parents, le contrat donne la liste des parents et amis présents. Et après avoir commencé "Savoir" on retrouve une rature et sur la ligne suivante "Boutin" précédé d'un mot dans la marge qui ressemble à "messire". Même si l'écriture de ce notaire est difficile à déchiffrer, vous retracerez facilement ce Boutin au tout début de la ligne (Il y a un ajout dans la marge à sa gauche). Le notaire Rivet dans sa collation a complètement enlevé ce "Boutin" du document et commence la liste de parents et amis par "Pierre Millet". Il y a d'autres Boutin en Nouvelle-France mais aucun ne semble relié à Annet. Aucun autre Boutin n'est nommé ailleurs dans la longue liste de documents que j'ai retracés. Et il n'en est d'ailleurs pas question sur le reste du document.

Le notaire a aussi beaucoup de difficulté avec les noms. Vous pouvez constater plein de ratures et d'ajouts entre les lignes dans la liste des parents et amis des futurs époux. Il avait oublié l'une des soeurs d'Angélique, Geneviève, qu'il a rajoutée entre 2 lignes. Marie Jeanne signe son nom de famille Prinseaux alors qu'il la nomme Presseau. Remarquez que ce patronyme donne du fil à retordre même aux généalogistes connus. À la fin du document, il donne la liste de ceux qui ont signé le contrat. Où on retrouve le nom de Marie Madeleine Pelletier répété 2 fois. Ce qui amènera beaucoup de divergences dans la collation du notaire Rivet où il omettra le nom Boutin, omettra complètement Jean Brousseau et fera de Pierre Millet ET Pierre Dasilva les beaux-frères d'Angélique alors que seulement Dasilva l'est. Le beau-frère Dasilva sera prénommé Pierre au premier paragraphe et Pedro au dernier. Quoique, là encore, le dénommé Dasilva utilise les deux. Finalement, il mentionne que la mère d'Angélique, Jeanne Vignaud, est veuve en second mariage de Philippe Poitier, alors que celui-ci est décédé en 1712.

signature du notaire Gilles Rageot

LES PERSONNES PRÉSENTES

Après maître Rageot, laissez-moi vous présenter les autres figurants dans l'ordre de leur apparition au contrat.

Ce premier document notarié nous apprend qu'Annet Boutin et Angélique Greslon sont analphabètes. Il est de coutume à cette époque de précéder les signatures de la liste de ceux qui apposeront la leur. Et d'ajouter que "les personnes plus haut ont déclaré ne pouvoir écrire ni signer", ce qui est très courant aux débuts de la Nouvelle-France. Autre détail important : vous noterez que le surnom DUBORD n'apparaît pas sur ce document. Ni apposé au patronyme d'Annet ni à celui de son père.

Jeanne Vignaud, la mère d'Angélique ne sait lire ni écrire non plus. Elle est veuve du père d'Angélique, Jacques Greslon. Le contrat de mariage la dite veuve de Philippe Poitier (ou Pothiers) en secondes noces alors que tous les dictionnaires généalogiques de base (Tanguay, Godbout, Jetté etc) situent la mort de ce dernier en 1712. Donc elle n'est pas veuve à cette date. Par contre son mari n'est pas présent à la signature du contrat de mariage et ne le sera pas non plus au mariage lui-même. Elle a environ 54 ans.

Pierre Millet et Marie-Madeleine Pelletier (Ou Peltier) sont mari et femme. C'est à leur résidence que se déroule la signature du contrat de mariage. Pierre est né en 1653 à Mirebeau dans la Vienne, Poitou encore. Il a donc 38 ans. Marie-Madeleine est née ici à Ste-Anne-de-Beaupré en 1658, ce qui lui fait 33 ans. Pierre arrive en Nouvelle-France en 1687. En février 1688, il est engagé comme "voyageur" aux Outaouais pour 18 mois, ce travail lui rapportant 450 livres (l'équivalent d'environ 4 ans de salaire pour un salarié). Puis son travail l'amène régulièrement de Québec à Montréal. Il semble être intermédiaire entre "coureurs des bois" et marchands. Il a ainsi fait un peu avant 1700 un échange d'une grande quantité de peaux de castors entre chasseurs et marchands qui lui a rapporté 2000 livres (l'équivalent de pas loin de 20 ans de travail d'un journalier). À partir de 1702, il est décrit comme cabaretier. Lors de son mariage avec Marie-Madeleine en 1690, son contrat de mariage inclut la protection des enfants de sa première épouse Cliche. Après l'inhumation de leur mère le 4 décembre 1701 à Québec, les survivants Cliche protestèrent jusque devant le Conseil Souverain, disant que Pierre Millet, cabaretier, ne leur avait pas donné en héritage tout ce qui leur revenait. En effet, le beau-père fut condamné pour "avoir recellé plusieurs effets" qui appartenaient maintenant aux enfants de Marie-Madeleine Pelletier. Pierre ne sait ni lire ni écrire. J'ai comme l'impression que Marie-Madeleine vient tout juste d'apprendre à signer son nom. L'orthographe est assez originale (Mari Magdéllene pelletie), la forme des lettres plutôt enfantine et ça lui prend presque toute la largeur du contrat pour réussir à entrer son nom. Je la vois très bien penchée sur le contrat, la langue sortie attestant de sa concentration.

Signature de Marie-Madeleine Pelletier

Pierre Dasilva dit le Portugais est né dans la paroisse Saint-Julien de Lisbonne au Portugal, comme son surnom l'indique, autour de 1651. Il a donc environ 40 ans. Les divers actes notariés l'identifient du prénom de Pierre, mais il signe toujours Pedro. Il serait le premier portugais à être venu s'installer en Nouvelle France. Il est le mari d'une des soeurs d'Angélique, Marie-Jeanne Greslon qui a 29 ans. Il sont mariés depuis 1677 et auront 14 enfants. Elle n'est pas inscrite comme présente au contrat de mariage. Absence ou oubli du notaire ? Comme elle est analphabète, l'absence de sa signature au bas du contrat ne prouve évidemment rien. J'ai vérifié dans les dictionnaires généalogiques et elle ne donne pas ou ne vient pas de donner naissance à cette date. Ils ont d'abord vécu à Beauport, puis dans la Basse Ville de Québec depuis 1687 sur la rue Sault-au-Matelot. Le travail de la terre n’est pas pour lui. S’il s’installe près du fleuve, c’est dans un but bien précis ; il se lance dans la livraison de marchandises. Le port lui donne accès aux cargaisons dès leur arrivée et Da Silva se chargera d’aller les livrer un peu partout dans la colonie. Il utilisera les voies fluviales pour se rendre à Trois-Rivières et à Montréal. Même l’hiver ne l’empêchera pas de voyager. À noter que la construction du "Chemin du Roy" de Québec à Trois-rivières et Montréal ne commencera qu'en 1706. Le courrier sera livré à l’aide d’un chariot tiré par un bœuf ou par un cheval. Sa réputation de fiabilité pour livrer les colis avec rapidité et sécurité amène le 23 décembre 1705 l’intendant Raudot lui-même à lui donner le titre de «premier courrier du roy» et lui demande officiellement de porter les ordres du roi. Il devient donc le premier représentant de "Postes Canada". Le 6 juin 2003, Postes Canada y va même de l’émission d’un timbre en son honneur pour souligner l’arrivée des premiers immigrants portugais. De plus, à deux reprises, en 2007 et en 2009, un député de Toronto, Mario Silva, présentera à la Chambre des Communes un projet de loi pour honorer la mémoire de ce Portugais, «en l’honneur du 55e anniversaire de l’officialisation du parrainage de l’immigration portugaise au Canada » Le transport lui rapportait de 10 à 20 sols par lettre (environ le prix d'un chapon)

Timbre de Postes Canada émis en 2003

Pierre Dasilva s'est livré à plusieurs achats et ventes de terres. Détail original : il semblait aimer voir Marie-Jeanne bien vêtue. Plusieurs des actes de vente contenaient des clauses la concernant. Par exemple il achète une terre de 26 pieds de front sur l'avenue Sault-au-Matelot à Québec, la paie 200 livres et la revend au même prix en 1698 "plus une coiffe de tafetas noir et une paire de souliers pour femme". Puis en 1696 il achète du Séminaire de Québec un autre emplacement toujours sur Sault-au-Matelot qu'il paie 400 livres (20 livres par an) dont il revend une partie seulement en 1706 pour 300 livres "plus une coiffe de tafetas noir". Puis encore en 1714 il en revend une autre partie pour 300 livres "plus 6 aunes d'étamine pour faire un manteau à son épouse".

signature de Pierre Dasilva

Une autre soeur d'Angélique, Anne Greslon (25 ans), est mariée à Jean Brousseau (ou Brusseau ou Brosseau), 31 ans, meunier comme son père, né vers 1660 dans la paroisse LeLangon, à Fontenay-le-Comte en Vendée (pays de la Loire). Il est venu en Nouvelle-France comme engagé pour trois ans et s'établira ici en permanence. Au recensement nominal de 1681, il est décrit comme domestique des Jésuites. Autre couple analphabète. Il passe un contrat d'engagement écrit, le 5 avril 1680, à venir s'occuper, à titre de meunier, du moulin à vent de la seigneurie Notre-Dame-des-Anges, appartenant aux Jésuites de Québec et ce, pour trois ans (de 1680 au 6 août 1683). Pour affaires de succession il retournera en France pour 2 ans à partir de 1692. Anne s'occupera alors de ses affaires ici. En cliquant sur son nom ci-haut, vous aurez accès à plusieurs informations sur lui compilées par ses descendants, la famille Brousseau

On retrouve ensuite Geneviève, avant-dernière des enfants Greslon, maintenant âgée de 19 ans. Son époux depuis janvier 1689, Charles Galarneau, n'apparaît pas sur la liste des personnes présentes à cette réunion. Par contre Jean-Baptiste DeLouvais (ou DeLouvois) y est. Elle l'épousera en 1703 après le décès de son mari actuel. Se connaissaient-ils auparavant ou le mariage d'Annet avec sa soeur Angélique a-t-il été l'occasion de cette rencontre ? Je ne veux surtout pas partir d'histoires 300 ans plus tard mais...Mystère qui ne sera probablement jamais élucidé. Ça m'a pris un temps considérable pour identifier correctement ce Jean-Baptiste DeLouvois. Car le notaire Rageot l'a identifié comme "Jean-Baptiste Louvoyé". Or ce patronyme n'existe nulle part. Il est aussi connu sous le nom de Jean Baptiste Louvois dit Daragon, Jean DeLouvaie dit DeLavoye, Jean DeLouvois dit Dragon et Jean De Lavoye (aujourd'hui Lavoie). Alors que tous les personnages précédents semblaient reliés à la famille Greslon, on se rapproche ici d'Annet Boutin. Car Jean-Baptiste DeLouvais est auvergnat. Il est né en 1672 (il a donc également 19 ans comme Geneviève et 10 ans de moins qu'Annet) et est originaire de La Tour-d'Auvergne dans le Puy-de-Dôme, un peu au sud-ouest de Clermont-Ferrand, tout près du lieu de naissance d'Annet. Son père se nommerait Jean DeLouvais et sa mère Louise Guéridon. Un peu plus tard on le dira marchand de bétail. Ni Geneviève ni Jean-Baptiste ne sont en mesure de signer le contrat.

Et on revient à nos poitevins avec Pierre Brion originaire de La Roche-sur-Yon en Vendée dans le Poitou. Date ne naissance inconnue. Maître boulanger qui se mariera avec Marie-Anne Dupuys en novembre 1695 à Laprairie sur la rive sud de Montréal. Il se promène d'ailleurs entre Lauzon près de Québec et Laprairie près de Montréal. Le 2 avril 1690 il loue de Jean Millot à Montréal une "chambre à feu avec son four" au prix de 80 livres par année. Il gardera cet emplacement jusqu'à l'automne 1693. Si je mentionne cette location, c'est que, comme nous le verrons plus loin, cette ancienne boulangerie sera un des logements loués par Annet Boutin et Angélique Greslon à Montréal. Pierre Brion achètera aussi d'Adrien Bétourné une terre de 60 arpents à Lauzon qu'il paiera comptant. Or Annet louera de ce même Bétourné une maison dans la Basse Ville de Montréal un peu plus tard. Il semble y avoir beaucoup d'échanges d'informations entre Pierre Brion et Annet Boutin.

Je n'ai vraiment pas réussi à trouver beaucoup d'informations sur Martin Soullard sinon qu'il est le fils de Jean Soulard, armurier de La Rochelle, et de Catherine Boutet. Il a la même date de naissance que moi cependant : 12 septembre mais de l'an 1670.

Le dernier "particulier" avant les "officiels" est Marie-Jeanne Prinseaux (ou Princeau, les deux avec ou sans X, ou Presseau). Elle est née en octobre 1674 (elle a 17 ans) dans la même ville qu'Angélique, St-Augustin, de Louis Prinseau de La Rochelle. Elle est l'épouse du frère d'Angélique, Louis Greslon, qui, lui, n'apparaît pas dans la liste des personnes présentes.

Signature de Marie-Jeanne Prinseaux

Deux officiers de justice ont été appelés comme témoins au contrat de mariage. Premièrement René Hubert . Le 18 mai 1681, I'intendant Duchesneau commettait René Hubert pour exercer la charge d'huissier au Conseil Souverain « avec pouvoir d’exploiter et mettre à exécution par tout le pays du Canada tous contrats, obligations, lettres patentes, arrêts, sentences, ordonnances jugements et autres actes émanés du dit Conseil et juges royaux du dit pays". Assisté du huissier royal de la prévôté de Lauzon, Nicolas Metru.

Signatures des huissiers René Hubert et Nicolas Metru

LES CLAUSES DU CONTRAT DE MARIAGE

En 1664, la Nouvelle-France reçoit le statut de la colonie et est régie par la Coutume de Paris, le premier code civil français, qui instaure le régime de la communauté de biens entre époux. La gestion des biens est confiée au mari en vertu de la puissance maritale. La femme mariée devient inapte juridiquement, sauf la femme marchande. Au décès du mari, la veuve retrouve l’exercice de ses droits juridiques sur la communauté de biens.

La Coutume de Paris consacre la suprématie de l'homme et l'incapacité de la femme. L'époux peut vendre, donner ou engager la propriété commune à la condition qu'il le fasse dans le bien de la communauté et la femme ne peut rien y redire. Concernant les « biens propres » de sa femme, il peut disposer de l'usufruit. Par exemple, elle possède une terre, il peut disposer de la production. Toutefois, il ne peut disposer du « bien propre » lui-même, il ne peut donc vendre cette terre. Enfin, la femme ne peut se lancer en affaire ou aller en justice sans l'autorisation de sa tendre moitié, elle ne pourra donc jamais témoigner... contre son mari. La Coutume de Paris avantage certes l'homme, mais offre une certaine protection à la femme, mais l'objectif ultime est toujours de garder les biens au sein de la famille dans l'esprit des bases de l'ancien régime.

Annet Boutin dit Dubord et Angélique Greslon sont mariés en communauté de biens. Ils ne sont cependant pas responsables des dettes de l'un ou de l'autre créées avant le mariage. Au décès d'un membre du couple. Le survivant retire son préciput , i.e. les effets personnels ou des deniers comptants selon ce que le contrat de mariage stipule. À noter que, selon le cas, l'inventaire après décès ne relèvera pas ces biens personnels. En règle générale, l'actif et le passif du défunt sont partagés entre le survivant et les héritiers du conjoint. La femme a toutefois certains privilèges au décès de son époux. Elle peut renoncer à sa part de la communauté si elle est criblée de dettes. Elle peut reprendre son apport aux biens de la communauté. Ces privilèges compensent un peu le déficit juridique de la femme, elle n'aura pas à payer pour une mauvaise gestion de la part du mari. Le douaire contribue également à réduire « l'incapacité » de la femme. C'est une pension viagère tirée des « biens propres » de l'époux, il peut être « préfixe » soit prévu au contrat de mariage ou conventionné par la Coutume de Paris qui le fixe à la moitié des « biens propres » de l'époux. De plus, les biens affectés au douaire sont protégés, ils ne peuvent servir à rembourser les dettes de la communauté .

LA DOT : la mère d'Angélique apporte à la communauté une dot plus élevée que la moyenne de l'époque qui se situe entre 50 et cent livres. Soit 300 livres dont la moitié est payable en nature (biens, trousseau etc) et la moitié payable en argent dans les 8 mois

LE DOUAIRE : Annet offre un douaire de 600 livres. La Coutume de Paris accorde en effet à l'épouse un douaire, rente viagère prise sur les biens de son défunt mari "pour la récompenser des soins et des peines qu'elle prend pour élever les enfants, pour son ménage et pour la conservation des biens communs". Ce montant est pris sur les biens du mari avant de rembourser ses dettes et ne peut être saisi par les créanciers. Le douaire standard d'un paysan est habituellement de 300 livres. Celui d'un soldat autour de 490 livres. Celui d'un noble de 760 livres. Le douaire offert se situe donc dans la classe supérieure.

LE PRECIPUT : sera de 200 livres, comme les clauses ordinaires de la Coutume de Paris. Le conjoint survivant peut prélever le preciput sur les biens de la communauté avant le partage des biens entre lui et les héritiers du défunt.

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